Les calligraphies de DONG Qiao Zhong

Montagnes, dragons, bambou, fleurs de pruniers… des toiles de toutes les tailles et tous les formats couvrent les six pièces que forment l’échoppe de DONG Qiao Zhong. Jeune Chinois rencontré en 2004, il est celui que je viens saluer en premier dès que je pose les pieds dans le petit village de Fuli.

 

Octobre 2004, je me rends à Fuli en touk-touk pour la première fois. Le village n’est pas grand, mais conserve une partie très ancienne le long de la rivière Li, où jadis prospérait le commerce fluvial de la litchi. Depuis le kiosque traditionnel construit près de l’ancien port, les montagnes karstiques si typiques de Guilin s’étendent à perte de vue, la rivière coule paisiblement et vient chatouiller les buffles qui broutent au bord de l’eau, un pêcheur debout sur son radeau en bambou remonte tranquillement vers la berge. On comprend pourquoi les peintres de cette région ont été si inspirés…

 

DONG Qiao Zhong est encore élève et expose modestement ses calligrahies et peintures sur soie derrière celles de son maître, dans un petit magasin ouvert sur rue. Ce jour-là, nous faisons connaissance autour de ses toiles, puis il m’emmène à la découverte de son village, les vieilles maisons typiques, les temples improvisés, les ateliers d’éventails. C’est un jeune homme calme qui explique les choses tranquillement en prennant soin de choisir les mots justes, honnête, sincère, il me parle sans jamais faire allusion à ma différence, contrairement à la plupart des Chinois.

 

Ma deuxième visite a lieu 6 mois plus tard, DONG Qiao Zhong me reconnaît tout de suite, et est heureux de me montrer ses nouvelles toiles. Maintenant, il n’expose plus que ses propres peintures, et travaille dur pour proposer une vaste gamme de paysages, oiseaux, orchidees… Il peint également sur les éventails, puisque cet artisanat fait la renommée du village depuis plusieurs années, si bien que Fuli est parfois appelé « le village aux éventails ». Je choisis un paysage d’eau et de montagnes du printemps pour accrocher chez moi. Les peintres chinois ont l’habitude de décliner un même paysage suivant les 4 saisons afin de symboliser la progression naturelle et l’éternité, la peinture traditionnelle chinoise est avant tout très poétique!

 

Depuis l’été dernier, je passe régulièrement à Fuli, c’est vraiment un village où j’aime m’arrêter, autant pour le paysage spendide, que pour l’acceuil des locaux qui n’hésitent pas à vous proposer leur maison pour s’abriter quand il pleut, et puis bien sûr, pour rendre visite à mon ami. Le magasin de DONG Qiao Zhong s’est agrandi, il s’étend jusqu’au bâtiment d’à côté maintenant. C’est sa femme qui reste à la boutique, lui, il est toujours derrière à peindre, il reçoit fréquemment de grosses commandes par des revendeurs, alors il n’est pas rare qu’il travaille jusqu’à plus de 2h du matin. Mais quand je passe le voir, il laisse toujours ses pinceaux quelques instants pour venir me saluer, discuter un peu, répondre à mes questions… une constatation: plus je voyage et plus je m’aperçois qu’il est beaucoup plus facile de créer des relations simples et désintéressées dans les petits villages chinois que dans les grandes villes intoxiquées par le profit. Sans doute la même chose dans tous les pays…

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Glisse dans le Guangxi

Tous les ans, d’avril à septembre, c’est la saison des pluies dans le Guangxi, de grosses averses de moussson se déclenchent ponctuellement. A Nanning, on court en riant sous les gouttes tièdes pour se réfugier à l’improviste sous un arrêt de bus, un arbre, une avancée de magasin, le temps de laisser les gros nuages passer, et puis on patauge dans les flaques d’eau en tong alors que les moto cyclistes replient déjà leurs capes de pluie multicolores. Mais tous les ans à cette période, dans les montagnes de la région ou les zones plus rurales, l’arrivée de la saison humide n’est pas toujours aussi drôle, les fleuves gonflent, les rivières sortent de leur lit, la terre rouge se dérobe.

 

21h50 à Tiantou, un coup de tonnerre fracassant plonge dans le noir l’auberge des rizières en terrasses de Longsheng où j’ai l’habitude de loger. La patron arrive bientôt à l’étage, une poignée de bougies à la main « c’est une coupure d’électricité ne vous inquietez pas ». Non je ne m’inquiète pas, sa femme avait effectivement annoncé de grosses averses pour la nuit à en juger par le nombre d’insectes volant sur la terrasses après le dîner, c’est la saison des orages. Je vais me coucher et m’endors bercée par la pluie battante qui résonne sur le toit de l’auberge.

 

Au petit matin, la pluie tombe toujours, alternant entre déluges et acalmies, il va pourtant falloir redescendre au village d’en bas aujourd’hui. Un petit parapluie arrive dans la maison : « y’a pas d’école ! ». C’est la fille des propriétaires, elle a 8 ans, et tous les matins, elle descend à Dazhai comme tous les enfants de Tiantou, une demi-heure de marche le long du chemin en pierre pour suivre les cours de primaire dans la vallée. Ce jour-là, la pluie trop forte, les professeurs ont décidé de ne pas faire prendre le risque aux enfants de se lancer dans un parcours trop dangereux.

 

10h00, je suis toujours en haut et il faut prendre une décision… la patronne m’informe qu’il y a eu un éboulement sur la route entre Dazhai et Heping par laquelle je dois passer pour rentrer à Guilin, mais que les cars assurent quand même la liaison. Je fais alors mes aurevoirs à Tiantou (jusqu’à la prochaine fois) et profite d’une petite acalmie pour me lancer dans l’escalier en pierre qui mène jusqu’à Dazhai. Les marches ne sont pas aussi glissantes que je l’avais imaginé, mais à certains endroits, l’escalier s’est transformé en véritable cascade ! « man man lai », comme disent les Chinois, rien ne presse.

 

Alors que je descends les marches irrégulières avec une précaution infinie sous la pluie qui a repris de la vigeur, j’aperçois une nouvelle espèce d’oiseaux dans les rizières… Il s’agit en fait des « Tiantousais » qui ont revêti leurs habits de pluie. Loin du K-way Décathlon, ou même de la cape de pluie locale, certains villageois utilisent encore ces vêtements fabriqués en fibres de palmier (voir photo ci-dessous), une allure « moyen-âgeuse » mais une imperméabilité à toute épreuve ! La pluie ne les arrête pas, au contraire, ils redoublent d’énergie et s’affairent dans les rizières en terrasses pour faciliter l’écoulement de l’eau qui se déverse en quantité incroyable. On a commencé a planter le riz depuis quelques jours, alors ce n’est pas le moment de tout perdre.

 

Après une heure de descente, j’arrive enfin à Dazhai où un conducteur de bus m’explique la situation. Il peut m’emmener jusqu’à l’éboulement où un second bus m’attendra de l’autre côté. Nous partons sur la petite route de montagne, le fleuve si vert et si tranquille d’habitude n’est plus qu’un torrent de boue où la montagne et ses rizières semblent se vider totalement. Après 5km, nous arrivons sur les lieux de l’éboulement. La route est obstruée sur une vingtaine de mètres par des blocs de pierre et de terre rouge qui se sont détachés des parois de la montagne. Je traverse rapidement à pied cette zone avec les autres occupants puisque le mini-bus ne peut s’y engager, quelques cailloux continuent de glisser le long de la falaise, rien de sérieux, le plus gros est déjà tombé… mais ce n’est pas mécontente que j’arrive de l’autre côté ! Le retour jusqu’à Guilin avec le bus venu à notre rencontre se fera heureusement sans encombre, pas d’autres éboulements ou inondations sur la route.

 

Plus de 800 fleuves et rivières, 76% de relief montagneux, les paysages du Guangxi sont splendides, ça oui, mais il faut savoir faire avec quelques petits aléas…

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Dans la série Weizhou dao

Le cap est de nouveau mis sur l’île de Weizhou dao le week end dernier, l’occasion pour moi de poursuivre ma chasse aux pirates et aux complots imaginaires… (suite au billet précédent)

 

Samedi matin, 11h15, après près de 3h de navigation dans une mer «déchaînée », le Bei bu wan 2 sonne la cloche : « Terre, terre !!! ». Je quitte la cale du navire et descend à quai où Xiao liang est venue m’attendre. Sur le port, nous retrouvons son frère aîné et sa fidèle moto, direction le village, à 3 sur la terrible monture, cheveux aux vents, sourire devant.

Après un rapide bol de nouilles façon « Xiao liang » à l’auberge où j’ai retrouvé ma chambre, je me fixe l’objectif principal de ce court séjour : découvrir si le spectre de Zhang Yi Mou rôde toujours sur l’île et si les pirates ont déjà attaqué.

 

14h00, je suis sur le lieu de l’action, au sud de la plage de Shiluo kou, encore une fois déserte. Le bateau en bois est toujours là, des voiles, drapeaux, cordages, ont été rajoutés depuis mon dernier passage. Je trouve la porte de la grande maison close et les fenêtres barricadées, mais ce n’est pas ce qui m’empêche de me hisser au premier étage et pousser un rideau pour faire ma curieu… pour mettre au clair cette affaire…  Les mêmes meubles sont là, mais des débris sur le sol témoignent d’une agitation récente à l’intérieur. Mon enquête a pris du retard ! Pire, la cabane près des falaises a disparu ne laissant que le squelette d’un vieux lit en bois… Il y a du pain sur la planche Détective Bai !

 

(Afin de mieux coller au contexte et mieux ravir nos lecteurs, la production s’est réservée le droit d’exercer quelques modifications sur l’authenticité des faits du paragraphe ci-dessous…)

Je continue de déambuler sur la plage à la recherche d’un nouvel indice quand je trébuche sur une bouteille vide.. ou presque. A l’intérieur se trouve un parchemin sur lequelle une carte de l’île est dessinée et un point mystérieux y est indiqué. Je compte, calcule, mesure : 87 pas à l’ouest du Temple, 52 pas au sud du grand arbre vénérable. On m’a certainement fixé un rendez-vous secret afin de m’éclairer sur toute cette histoire.

(C’était quand même mieux que « j’ai poursuivi ma route sur la plage, remonté le grand escalier, pris la direction du rond-point mais bifurqué à gauche vers un autre village, et là, entre le vieux temple décrépit, et le grand arbre avec plein de racines, je suis tombée complètement par hasard sur… »)

 

Un jeune homme en costume Sun Yatsen gris clair, une paire de basket dernier cri à la main, sort du décor. Je m’approche, mais il passe son chemin… Je remarque quelques caméras discrètes entre les arbres à quelques mètre du Temple (serais-je épiée ?). Plusieurs personnes sont également présentes, je ne sais à laquelle m’adresser. Soudain une dispute éclate, tout le monde s’attroupe autour des mécontents, je profite de la diversion pour repérer mon informateur, caméra sur l’épaule, il a su trouver le costume de circonstance.

 

« alors, c’est bien un film que vous tournez ?

-         oui, hai shang chuan qi (ou « Comte marin » dans notre codage)

-         et… qui est le réalisateur ?

-         ben… je sais pas vraiment son nom en fait… »

 

Ah. C’est fou ce qu’il doit être connu alors. Je scrute le lieux du tournage, à en juger par les moyens mis en oeuvre pour tourner la scène, on est loin de la superproduction que j’avais imaginée…

Adieu Zhang Yi Mou, vache, veau, cochon… Je range mon imper au placard. Après cet échec sur l’enquête de ma vie (sur laquelle j’ai même appris récemment avoir été doublée par un agent de choc qui était sur les lieux de l’action dès janvier !), je rentre bien sagement au village de Xiao liang me faire consoler par les calamars, non sans noter au passage d’autres décors en préparation, d’autres camions « Jing »… oui mais ce ne sont pas ceux de Zhang Yi Mou !!!

 

Epilogue : un indice très précieux de Xiao Liang, la présence de la célèbre actrice Wu Qian Lian sur le tournage, m’aura permise, de retour à Nanning, de finaliser l’enquête en deux cliques sur internet… 25 épisodes sur l’île de Weizhou dao pour la série « Comte marin » (oui-oui, ça je le savais !) sont actuellement en tournage et ce, jusqu’à la fin du mois d’avril. Outre, Wu Qian Lian, l’actrice de Mongolie intérieure Si Qin Gao Wa, ainsi que Li Ming Qi font également partie du casting. La série, qui sera diffusée dès la fin de l’année sur le petit écran (chinois bien sûr), retracera l’histoire d’une jeune femme, dans les années 1930, qui vit sur son île depuis toujours, un peu en Robinson, jouant souvent à la pirate et qui… oui enfin l’histoire on s’en fiche un peu, encore une série chinoise à la noix, l’important c’est que cela se passera à Weizhou dao !

 

Quelques photos du tournage (bien sûr pas de moi puisque que je n’étais pas là au bon moment…)

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Weizhou dao, nouvel épisode

Enfin je retrouve Weizhou dao après des mois d’absence… Les bananiers sont en fleurs, les citrus aussi et parfument l’ile d’un délicat parfum qui vient s’ajouter à celui de la mer, du sable et d’une nouvelle saison qui commence. Toujours logée chez Xiao Liang (billet du 24 octobre), je passe mes journées à parcourir l’île de long en large, de chemins en sentiers, de plages en rochers.

 

Ce matin-là, mon inspiration me guide vers le parc volcanique. Je longe la belle plage de Shiluo kou, me retournant sans cesse pour voir la baie qui se dessine derrière moi, le panaché du bleu de la mer qui gagne petit à petit le blanc du sable. Je slalome entre les cactus malicieux de la plage, et me laisse chatouiller par le sable glissant entre mes pieds nus. Voilà, c’est ça, cette sensation de liberté, de calme, de bien-être que je n’avais plus expérimentée depuis longtemps. Je retrouve les rochers, les grands arbres, les coquillages, le bateau… un bateau ici?

 

Un navire de belle envergure se dessine sur le sable alors que je m’avance vers la grande falaise qui marque le bout de la plage. En m’approchant, je réalise que ce bateau est encore en construction, et à seulement quelques centimètres de l’eau ! Le bateau en lui-même est encore plus étonnant : tout en bois, 2 grands mâts, un gourvernail en poupe, le genre d’embarcation de laquelle on s’attend à voir surgir un pirate à tout instant… Bien étrange bateau que quelques menuisiers s’évertuent à terminer.

 

A quelques mètres de là, toujours sur le sable de la plage, on a également bâtit une grande maison en bois, recouverte d’un toit en paille. Weizhou dao n’est pas ce que l’on peut appeler une île moderne et développée, mais ce type d’habitation n’existe plus depuis bien longtemps ici, les pêcheurs vivent dans de « vraies » maisons ! Alors qu’est ce que cet immense bungalow vient faire là ?

 

Le soir, rentrée au village, je fais part à Xiao liang de mes découvertes, celle-ci est aussi étonnée que moi « une grande maison en bois ? ! je ne sais pas… il y a longtemps que je ne suis pas allée jusqu’au bout de la plage » Et puis soudain ses yeux s’éclairent « Ah mais si ! Un réalisateur de Pékin doit venir tourner un film sur l’île bientôt. On ne sait pas qui, quand, quoi, seulement que des gens de Pékin sont venus repérés les lieux il y a quelques mois en bateau privé». Mes yeux s’illuminent à leur tour, voilà pourquoi ce bateau et cette maison me paraissaient aussi décalés, c’est sans doute un film d’époque que l’on s’apprête à tourner.

 

Le lendemain, je retourne « visiter » les décors de la future superproduction de « pékinwood » dans l’espoir de dénicher quelques indices sur le film, je fais surtout quelques clichés du « lieu de l’action » en espérant pouvoir prochainement le reconnaître à l’écran. Je découvre au passage une autre maison, beaucoup plus petite que la première, mais encore plus charmante, construite contre la paroi des falaises, le genre de cabane dont on a tous rêvé gamins, et encore maintenant… On y accède par un pont en corde ou un écriteau indique en gros caractères qu’il est absolument interdit de monter. Dommage, j’y serais bien entrée pour jouer au Robinson quelques instants… 

 

Les jours suivants, le décor est devenu mon « terrain de jeu » préféré, j’y passe tous les matins mesurer l’avancée des travaux sur le bateau, observer les mouvements de la porte de la grande maison, tantôt ouverte, tantôt fermée, et détecter tout ce que je peux détecter sur le tournage… c’est à dire.. rien… mon flair est au plus bas…  Le 5e jour, en remontant de la plage au pied de la falaise, je tombe sur un camion immatriculé « Jing » (Pékin) en plein déchargement de chiffoniers, malles en acajou, horloge à balancier plus que centenaire, tables, tabourets, cruches… tout ça dans un style franchement peu contemporain… nous y voilà ! Si le temps m’avait permise de porter un long imper gris, j’aurais remonté le col et noté dans mon calepin « pièce à conviction n°3 », Pékin nous prépare bien un « Pirates dans les Car… dans la Mer de Chine méridionale », et Weizhou dao fera partie de l’action. On nous cache la vérité, mais c’était sans compter sur l’incroyable perspicacité du Détective Bai, ahahaha ahahhahaha ahahahaha (rire machiavélique).

 

Bien… où en étais-je ? Le lendemain, qui est également mon dernier jour sur l’île, alors que les « matelots-menuisiers » ont déserté le pont du bateau et qu’aucun « moussaillon de garde » ne traîne autour de la maison, j’en profite pour tenter une approche vers la porte d’entrée et jeter un coup d’oeil à l’intérieur. Le mobilier du camion de la veille est effectivement venu s’ajouter au décor, je découvre avec émerveillement une sorte d’auberge où j’imagine déjà évoluer des femmes en grandes robes à froufrou et des hommes en chemises blanches sentant la sueur, laissant deviner un poignard dans le creux de leurs bottines… la bière qui coule à flot, on trinque et rit bruyamment. Soudain, un beau ténébreux dégaine son sabre et le fait claquer à quelques centimètres du cou d’un vilain « ce n’est pas parce que tu nous as aidé à débusquer une embuscade des pirates que toutes ces filles sont à toi ! Retourne à ta bière et laisse le corsage de ces dames tranquille ! »

Ca c’est du scénario !

 

Je sors mon nez de la maison en bois, poursuis mon chemin vers les falaises tout en continuant de faire évoluer mes personnages, quand tout à coup, je suis sortie de ma rêverie par une voix singulière, la plage était pourtant déserte ? Près de la falaise, à l’abri des grands arbres, une dizaine de moussaillons est assise autour d’un homme qui semble jouer avec les mots, les bruits, les voix et tenir son assemblée en haleine complètement captivée par la prestance de l’individu. Un des moussaillon se retourne, et m’apercevant dit avec un accent pékinois très marqué « on peut laisser l’étrangère regarder hein », personne n’a l’air d’y voir d’inconvénient, pensant probablement que je ne comprends pas le mandarin… ce qui n’est pas tout à fait faux à ce moment précis car je suis moi aussi complètement hypnotisée par la prestation de l’orateur. Il présente, explique, donne des conseils qu’ils ponctuent de « cocoricooooooo » ou autres bruitages entre les phrases qui subjuguent et ravissent, il parle, parle, parle sans donner à mon cerveau la chance de tout saisir, j’attrape un « Zhang Yi Mou » au vol…  serait-ce possible ? Zhang Yi Mou est l’un des plus grands réalisateurs chinois, sinon le meilleur avec Chen Kai Ge. Alors est-ce que son nom a été cité en exemple ou bien se prépare t-il vraiment à tourner un film à Weizhou dao ?

 

Le temps presse, je dois retourner chez Xiao liang récuperer mes affaires pour prendre le bateau. Mon enquête en reste à ce point, un prochain séjour sur l’île de Weizhou dao me permettera peut-être d’en savoir plus, alors suite au prochain épisode!

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Rencontre à Huangluo zhai

Sur ma route pour Tian tou, le 6 mars dernier, j’ai fait étape dans le petit village de Huangluo zhai et fait la connaissance de Lao Yao, une femmes Yao rouge de 61 ou 62 ans (elle ne savait pas son âge exact) avec qui j’ai passé une soirée formidable, pleine de rires et riche en échanges.

 

Le cadre de Huangluo zhai n’est pas aussi magique que celui des villages « posés » sur les rizières en terrasses de Jinkeng, mais sa situation, au pied des montagnes, et ses grandes maisons en bois, lui donne un caractère irréel. Ce sont surtout les deux ponts suspendus au-dessus de la rivière et qui coupent le village en deux parties qui font tout le charme de l’endroit. Le niveau de l’eau est faible en cette fin de saison sèche, mais sa limpidité annonce de belles baignades l’été, au plus fort de la saison des pluies.

 

C’est justement près de la rivière que je rencontre Lao Yao chez qui je vais loger pour la nuit, elle vient de terminer de se laver les cheveux dans l’eau qui descend de la montagne. Le shampooing, pour les femmes Yao, c’est pas l’histoire de 2 minutes, j’ai entendu dire qu’avec la longueur de cheveux qu’elles enroulent autour de la tête, il faut parfois s’y mettre à plusieurs pour shampooiner !  J’arrive un peu tard pour vérifier, les cheveux de Lao Yao sont déjà rincés, mais pas encore ramassés dans le chignon particulier des Yao rouges. Finalement, je suis un peu déçue, sa chevelure ne lui tombe « que » dans le bas des reins, moins spectaculaire que je ne l’aurais pensé. Mes yeux s’accrochent tout de même au haut de sa tête, son peigne est planté dans le haut de sa chevelure, oui finalement, c’est le meilleur endroit pour le retrouver ! «  Attends, me dit-elle, il en manque une partie », de quoi, du peigne ? Elle m’entraîne à côté des rochers qui bordent la rivière, et je découvre deux grandes queues de cheval à sécher au soleil… Mais c’est le même principe que pour ma poupée Boucleline à laquelle on pouvait rajouter des mèches alors ! Lao Yao ramène ses cheveux en avant, dans un geste rapide les tourne jusqu’à ce qu’ils ne fassent plus qu’une torsade, accroche une première couette au bout de la torsade, la tourne également tout en enroulant les cheveux autour de la tête, puis ajoute la deuxième couette au bout de la première, fini son « turban » et enfin, réalise un chignon sur le devant retenu par le peigne sur le haut du crane… ouf… il ne lui aura fallu que quelques secondes pour se coiffer selon la tradition Yao rouge, mais tout ces « tourni-coti, tourni-coton » m’en donnent mal aux cheveux…

 

Le soir, après le dîner, alors que Lao Yao m’offre une tasse d’alcool de riz, j’en profite pour demander l’origine de ces deux couettes puisque, je suppose, Mattell ne lui a pas livré dans la boîte. Elle m’explique alors qu’elle a coupé ses cheveux longs à 18 ans pour faire une première couette. Les cheveux de la deuxième couette sont ceux qu’elle perd lorsqu’elle se coiffe, puisque dans la tradition Yao rouge, il ne faut pas laisser tomber ses cheveux par terre (ou dans la poubelle parce que je vois quelques maniaques dans la salle…). Donc ce sont bien tous ses cheveux, mais en 3 parties ! La plupart des femmes Yao rouges ont recours à ce stratagème pour élaborer leur coiffure compliquée, et plus elles sont vieilles et qu’elles ont collecté de cheveux au cours de leur vie, plus leur choucroute prend de… l’aisance, on ne parlera donc pas de calvitie féminine dans cette minorité.

 

Pendant que l’on est au chapître coiffure et révélations, Lao Yao me livre le secret de la brillance des cheveux des femmes Yao rouge et le moyen de les faire pousser plus rapidement. Vous pensez bien qu’elles n’utilisent pas les derniers produits de chez L’Oréal, ni même du « Suo fu te » national, elles piochent tout simplement dans la nature : l’amidon de riz en masque capillaire tous les 2 ou 3 jours, posé une demi-heure, puis, très important, rincé dans l’eau pure de la rivière… un soir de pleine lune en faisant 3 tours sur soi-même… oui bon, non, ça c’est moi qui rajoute… mais l’eau de la rivière possède t-elle vraiment des vertus « d’engrais à cheveux » comme Lao Yao en semble persuadée??? à vérifier cet été quand l’eau aura pris 5-6 degrés.

 

Bien que toutes deux très motivées par la facilité d’une discussion de coiffeur, nous nous mettons petit à petit à parler de l’ouverture récente du village au tourisme. En fait, l’endroit reste encore assez préservé mais l’été, des cars entiers de touristes, y compris étrangers, passent à Huangluo zhai, juste quelques minutes, le temps de voir un peu de folklore local en costume, alors forcément ici, on exploite le filon. « Les femmes du village demandent 15 yuans par personne pour montrer leurs longs cheveux détachés ! Moi je ne réclame rien, je vends juste mes broderies ». En effet, Lao Yao et ses amies passent leurs journées à broder sacs, vestes, ceintures, napperons… en attendant les touristes. Il faut voir comme, précises, elles attaquent le tissu sans modèle, juste en suivant la maille du tissu, pour broder fleurs et motifs colorés, et comme elles s’abîment la vue penchées sur leur ouvrage jusqu’à la tombée de la nuit. C’est qu’il faut prévoir le même modèle de foulard brodé dans toutes les couleurs possibles pour satisfaire les touristes. Finalement, les quelques yuans recoletés par la vente de leur artisanat servira à acheter une bonne grosse paire de « loupes » pour leurs yeux fatigués comme la plupart porte déjà…

 

Les cars de touristes, même s’ils ne sont pas vraiment très bien vus par les villageois par leur attitude « voyeuriste », amènent quand même, en plus de quelques revenus, un peu d’animation au village, surtout quand ce sont des étrangers ; de quoi se payer une bonne tranche de rire, parce que si les Occidentaux viennent au village pour « observer » cette minorité en costume rigolo, de leur côté, les Yao rouges, et surtout les femmes comme Lao Yao qui ne sont quasiment jamais sorties de leur village, en prennent plein la vue aussi avec tous ces blancs qu’on leur apporte en aquarium. Lao Yao se moque de ces grosses dames blanches qui arrivent à peine à descendre du car et se contentent de regarder le « spectacle » par les fenêtres. « Un jour il en est venue une d’au moins 200 kg, 4 hommes ont du la pousser pour qu’elle monte un peu dans la montagne, mais il n’y avait rien à faire, elle s’est vite essoufflée et est redescendue à peine à mi-chemin ! Elle était rouge, mais rouge… ahahahah. Enfin, continue t-elle, on est tout de même mieux ici qu’à Yangshuo. J’ai un ami là-bas, et il m’a dit que c’était vraiment le bazar maintenant avec tous ces touristes. Il m’envie de vivre au calme de Huangluo zhai ». Yangshuo, pour ceux qui ne le saurait pas, est un autre village de la région et qui a bien (mal) profité à l’invasion touristique occidentale ces dernières années, du moins la rue principale du village qui compte plus d’étrangers au mètre carré que de boutiques à souvenirs, c’est pour dire…

 

La soirée se poursuit et se termine doucement en compagnie de Lao Yao qui me parle du « cRafé » que les blancs aiment tellement « manger », et de ces ustensiles bizarres qu’ils utilisent à table, « comment ça s’appelle déjà, ah oui, des fourcheaux, tu trouves vraiment ça plus pratique que nos baguettes ? », adorable petit bout de femme qui tient absolument à me mettre un foulard Yao rouge sur la tête pour faire une photo ensemble. Cette photo-là, je la garde bien précieusement, ce n’est pas l’une de ces photos que l’on obtient avec un billet fourré dans la main, c’est vraiment pour moi le symbole d’un échange entre 2 cultures, 2 générations, que je ne suis pas prête d’oublier.

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Où qu’elle était ???

ELLE était partie très longtemps dans un grrrrrand voyage qui l’avait menée jusqu’à Shanghai et même jusque dans la capitale, et même qu’elle s’était dit qu’elle était bien mieux à Nanning que dans ces complètement mégalo-poles. Elle avait aussi fait un petit tour dans le Guangxi le mois dernier au début de son périple au cours duquel elle était retournée voir les Yao rouges (voir billet du 6 février) de Longsheng et était repartie plusieurs jours dans son île préférée de Weizhou dao(voir billet du 24 octobre).

Voilà, je vous devais bien quelques explications après ce long silence radio.

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Télégramme du Guangxi

 

Très-très occupée en ce moment, stop.

Les nouvelles reprendront dès que j’aurais un peu plus de temps à moi, stop.

Toutes mes confuses , stop.

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