Le meilleur moyen pour se déplacer dans le Guangxi, c’est le car. Un réseau très complet a été mis en place dans la région, il s’étend d’abord des grandes villes jusqu’aux petites villes, puis des petites villes jusqu’aux communes, puis des communes jusqu’aux villages…. même si la région affiche un sacré déficit en autoroutes (et c’est tant mieux), elle est championne dans le nombre de cars et mini-bus qui dessert presque jusqu’au plus petit bled de la région (quand il y a une route bien sûr !). Alors, vous montez ?
La grande gare routière de Langdong à Nanning :
Des bus par dizaines étincellent dans les couloirs de départ, on court du guichet à sa porte d’embarquement, les cars partent à l’heure, tous les 15 minutes pour Guilin (à 400 km de Nanning), tous les 10 minutes pour Liuzhou (à 200 km), toutes les 20 minutes pour Beihai (à 200 km), en tout plus de 80 destinations pour la région et les grandes villes des région alentours, ça c’est de l’organisation ! Une fois sa place trouvée dans le car, on attend les consignes de la dame en rose, ou l’hôtesse de terre « il est interdit de fumer et de cracher par terre
. Jetez vos pelures de fruits dans les sachets mis à votre disposition SVP…. la distance à couvrir est de 190 km, la durée du voyage devrait tourner autour de 2h15 minutes…» qui se risque même parfois en anglais, mais dans ces cas-là, elle se limite à « ze distant is a one rundred and niny kilomenum, we rope you rave a pleazant joony »
. Après ça, elle distribue une petite bouteille d’eau à chacun, cale un DVD dans la télé, le bus se lance sur l’autoroute et on entend plus personne jusqu’à la pause-pipi à mi-chemin, le moment également où 80% des voyageurs se rue sur les saucisses chaudes en bâtonnet (re gou, hot dog) en vente sur toutes les aires de repos, LA friandise de voyage…
Changement de décor, la petite gare routière de Jingxi, semblable à toutes les gares routières de chef de comté. Des mini-bus aux amortisseurs usés par les routes ondulées attendent les voyageurs pour les transporter dans les communes voisines :
L’horaire annoncée est passée depuis 10 minutes, le chauffeur se décide enfin à lâcher son journal et à démarrer le mini-bus où 5 personnes ont pris place. Le moteur râle, grince, gémit et finit par s’éteindre…. il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour enfin donner à l’engin des consonances de bolide. Voilà, c’est le grand départ ! on laisse loin derrière le parking misérable de la gare routiere. Pas si loin finalement…à peine 100 mètres et le bus ralentit déjà : « Shuolong, Shuolong !!! » crie le jeune homme d’une vingtaine d’années faisant office de portier par une des fenêtres coulissantes. Aussitôt, un homme attablé à la terrasse d’un boui-boui laisse son bol de nouilles en plan, une femme agite les bras depuis son balcon « Shuolong ? attendez-moi ! », un jeune, flottant dans un jean délavé, sort tranquillement d’une arrière-boutique et traîne ses claquettes jusqu’à la porte du bus. Pourquoi se presser, le mini-bus effectue de toutes façons les premiers 800 mètres au ralenti, le temps de trouver assez de clients pour rentabiliser le voyage.
A la sortie de Jingxi, 10 voyageurs sont installés dans le mini-bus, le chauffeur passe enfin la seconde ! Cette fois, c’est parti, le mini-bus enfile les kilomètres à travers la campagne, les montagnes, les rizières, les paysages merveilleux… la route est peu encombrée, très peu de personnes par ici possèdent sa propre voiture, on prend les cars par commodité pour se déplacer. Premier coup de frein : le chauffeur a vu un paysan agiter sa bêche depuis un champ, un nouveau client pour Shuolong, il gare grossièrement le bus sur le côté en attendant que le paysan parcourt les derniers mètres le séparant de la route. Quelques secondes plus tard, celui-ci traverse en courant la dernière rizière, enjambe le petit fossé, rejoint les passagers et salue, de la manière bien chinoise, le chauffeur qu’il semble bien connaître : « Huang Jian, mon vieil ami, t’as mangé ? ». Le paysan s’installe à la place de devant, à côté du chauffeur, et tout deux commencent à discuter à voix forte de l’orage passé la veille sur le comté alors que le mini-bus reprend, dans un énième essoufflement mécanique, la route sinueuse de laquelle il s’était en partie écarté.
Quelques kilomètres plus loin, c’est un jeune couple chargé de tous ses effets personnels emballés vulgairement dans de grandes housses en plastique rayé qui surgit à l’entrée d’un hameau et fait signe au conducteur de s’arrêter, puis une femme avec un bébé attaché dans le dos à l’aide d’un grand foulard brodé, et enfin, un petit vieux et son coq dont la tête dépasse d’un sac en grosse toile… On commence à se serrer pour libérer des places assises aux derniers arrivés, lever les pieds pour entasser les cartons, sacs, paniers, bidons d’huile d’arachide, et autres bazars apportés par chacun. Le coq trouve également sa place sous la banquette usée, à côté du wok tout neuf transporté par le jeune couple… un mauvais présage ? L’animal ne peut s’empêcher de lancer un « cocorico » lamentable… les rires des femmes s’élèvent, et les plus belles plaisanteries de circonstance fusent à travers tout le bus qui poursuit sa course à travers les montagnes venues remplacer la plaine de Jingxi.
Une femme sur le bas-côté hêle à nouveau le mini-bus :
« vous passez par Hu Run ?
- oui, allez, montez-vite
- mais… comment je fais pour eux ? »
Elle montre une grande cage rudimentaire en osier derrière elle dans laquelle sont entassés une douzaine de canards bien bavards
. Après un rapide coup d’oeil dans le bus déjà trop « garni », le portier fait signe au chauffeur d’attendre quelques instants, descend du bus, puis se hisse sur la galerie à l’aide de l’échelle métallique plaquée à l’arrière du min-bus : « passez-les moi ! ». La femme soulève le panier rempli de bestioles désespérement, un paysan assis à l’arrière du bus lance son mégot par la fenêtre et descend donner un coup de main. Cette fois, sous les regards attentifs de tous les passagers qui se sont massés dans le fond du bus pour ne rien rater de la scène, la cage est hisssée sur le toit en 2 temps 3 mouvements. Chacun peut reprendre sa place, le moteur du bus vrombit dans un nuage de fumée grisâtre, les canards y répondent en choeur alors que le coq se lance dans un nouveau solo lyrique auquel plus personne ne prête attention …
Après une dizaine de kilomètres, le bus entre dans un village très animé, c’est jour de marché à Hu Run. Plusieurs passagers se lèvent, récuperent leurs paquets et préparent leur bâton de bois ou de bambou qui leur permet de transporter leurs lourds colis en équilibre sur l’épaule (la palanche). Le vieillard attrape son coq pendant que la « femme aux canards » se fait aider pour récuperer sa cage avant de l’installer sur le bord de la route où se trouvent déjà plusieurs « stand » de volailles. « Shuolong, Shulong !!! », il faut trouver de nouveaux clients pour combler les places vides. L’heure est mauvaise, personne ne veut quitter si tôt le marché de Hu Run, seulement une personne monte : une petite boulotte qui se cale rapidement dans un siège avant de décortiquer une par une les cacahuètes qu’elle a dans un sac en plastique rouge, les résidus tombent à ses pieds, à côté des coques et feuilles de litchi laissées par les précédents voyageurs.
L’ambiance des premiers kilomètres est retombée dans le car partiellement vidé d’hommes et totalement de sa basse-cour… Le chauffeur s’improvise en DJ et lance dans son lecteur CD bon marché un des tubes les plus appréciés par ici. Deux jeunes, aux cheveux décolorés et dégradés dans la nuque, fredonnent les premières notes dans un mandarin approximatif à la limite du zozotant, comme le veut l’accent local. Le disque saute à chaque mouvement de la route, peu importe, ils connaissent les paroles par coeur, d’ailleurs le chauffeur les rejoint au moment du refrain « ru guo na tian ni bu zi dao wo he le duo sao bei… ». Les passagers sont contents, l’ambiance est revenue, le portier a même délaissé son portable multicolore sur lequel il envoyait des télé-messages entre chaque voyageur, pour se joindre à la chorale. Son visage se crispe à la recherche du timbre parfait, il passe une main dans ses cheveux mi-longs d’un orangé suspect et, chérissant un micro invisible, il incarne toute une génération de chanteurs… refoulés « ke si wo xiang xin wo xin zong di gan jue… ».![]()
Les tubes de Dao Lang passés en revue l’un après l’autre auront eu raison des derniers kilomètres. Le bus entre en klaxonnant dans la petite bourgade de Shuolong et se gare sur le bas côté de la route puisqu’ici, il n’y a pas de gare routière. Les passagers récupèrent leurs affaires, s’acquittent de la course auprès du portier et se dispersent déjà dans le village. Le jeune couple monte directement dans un touk-touk (taxi 3 roues) qui attendait sur la place principale, sans doute pour se rendre dans un village un peu plus reculé. Le chauffeur éteint le moteur, allume une cigarette et reprend la lecture de son journal où il l’avait laissée, le portier compte rapidement les billets dans son sac-banane tandis que les premiers voyageurs commencent à monter. « Jingxi, Jingxi !!! »
Coucou ! Ah, que tes récits me font envie ! Vivement mes (lointaines) vacances !!! Bon, on privilègiera le bus, alors !!!
bonjour, yann, j ai un peu vécu en chine, de 1999 a 2005, par périodes, je prends la tasses a LA Rochelle aujourdhui, et je pourrais rejoindre le guangxi et Nanning …. alors je me plonge virtuellement dans ces eaux … voila pourquoi moi tombé sur blog a toi bon voila c etait pour rien dire du tou ; 0 ) . bravo et merci , bel été , yann
Bonjour Yann,
moi aussi j\’ai un peu vecu a La Rochelle entre 1999 et 2005 par periodes (bon d\’accord, en 2000, et c\’etait qu\’une periode…), si tu sais pas quoi faire, tu peux aller manger une mouclade pour moi au Cafe du Nord? je bave rien qu\’a y penser…
Merci pour tes voeux de bel ete, surtout qu\’ici, l\’ete c\’est jusqu\’a fin novembre! Fais moi signe quand tu passes a Nanning. Ciao!
Coucou Estelle,
Si tu veux prendre le bus, compte sur moi, je suis la championne des vieux tacots
Et ben je ne suis pas le seul a avoir blog-chome cet ete moi…
A+
Morpetk