Carte postale de Jingxi

Le lac Qu Yang Hu est encore tout embrumé lorsque j’arrive dans ce petit village du Comté de Jingxi, Ouest du Guangxi. Des montagnes grises sortent tout droit des eaux sombres et viennent chatouiller le ciel qui se reflète sur l’eau dans une gamme déclinant toutes les nuances de gris et de noir, donnant au lac tout entier une dimension imaginaire. Je comprends alors pourquoi est-ce que l’on appelle ce genre de spectacle « shui mo hua » (lavis), ces paysages, bien réels, semblent tout simplement teintés d’encre de Chine…

 

Un tel environnement mérite bien une petite balade aux premières loges. Justement, en face de l’entrée du  lac, on a peint sur le mur d’une maison : « tours en bateau ». Un petit homme d’une soixantaine d’années remonte la route en courant « oui, oui, c’est moi le propriétaire du bateau ». Quelques minutes plus tard, je m’installe sur le banc en bois de sa mini-péniche, le capitaine retrousse ses manches et ôte sa veste, 5 tours vigoureux de manivelle mettent le moteur en route La promenade est bien agréable, l’eau est calme, et la brume qui se dissipe petit à petit révèle un lac beaucoup moins sombre qu’ il n’en avait l’air au début. « Quand il fait beau, on peut se baigner et puis pêcher aussi ». Je n’en doute pas, l’eau est très bonne, et une si grande étendue doit ravir les pêcheurs. Le villageois ne parle pas beaucoup et me laisse profiter de la douceur de la croisière, il me propose cependant avec entrain  « Après la balade, il faut venir à la maison goûter notre yu mi zhou ! ». Ici, les Chinois remplacent souvent leur bol de riz par une purée de maïs pour accompagner les plats. Je suis ravie de la proposition, je n’ai encore jamais eu l’occcasion d’y goûter.

 

Midi approche lorsque nous revenons près de la berge, « ma femme doit avoir presque fini de préparer le yu mi zhou, on va aller voir ça ». Nous trouvons en effet sa femme dans la pièce principale de leur maison. C’est un petit logis très simple de campagne, le sol est cimenté, les meubles très sommaires : une table basse et quelques tabourets, un petit buffet bas, et un grand plan de travail en pierre dans lequel on a incorporé une cuisinère plutôt rudimentaire. La femme me sourit tout de suite et m’adresse quelques mots dans un dialecte que je ne comprends pas. « Elle ne parle pas mandarin », me dit son mari. Tant pis, nous nous contentons de gestes et de sourires pour communiquer, c’est déjà un très bon depart ! Elle me montre comment raviver la flamme du fourneau en y inserant des enveloppes de maïs séchées, puis elle coupe de fines tranches de porc pour ajouter aux pois qu’elle vient de laver. Finalement, il ne s’agit pas de « goûter » au yu mi zhou, mais bien d’honorer un repas complet !

 

L’homme s’est assis sur un tabouret et s’applique maintenant à écrire ses coordonnées au dos de ce qui semble être une carte postale, « comme ça la prochaine fois, tu pourras m’appeler quand tu seras sur la route de Qu Yang Hu et je preparerai tout de suite le bateau ». Je suis etonnée de trouver des cartes postales dans ce patelin du fin fond du Guangxi alors que j’ai du mal à en trouver dans les grandes villes ! L’idée est très bonne en tous cas, ce petit souvenir est encore mieux qu’une carte de visite et trouvera sa place dès en rentrant à Nanning dans mon carnet d’adresses.

 

Le repas est prêt, la femme me donne un bol pour que je me serve dans l’énorme marmite de yu mi zhou et me tend une paire de baguettes. Elle apporte également sur la table le plat de porc aux pois et un plat de courge amère, « mange plutôt de la viande, la courge amère c’est pas très bon ». Nous mangeons ensemble tout en discutant, tous les deux ne manquent pas de me rappeler de me reservir toutes les 5 minutes « surtout il faut manger jusqu’à plus faim, ne te gêne pas », le porc est délicieux, mais je cale après le deuxième bol de maïs… Ils me racontent, enfin surtout l’homme puisque mon souci de communication avec sa femme n’est pas encore résolu, qu’ils ont 4 enfants. Le dernier étudie à l’université Qing Hua de Pékin, ils en sont particulièrement fiers. Il y a de quoi, c’est l’une des meilleures universités de Chine, seuls les meilleurs sont acceptés. C’est aussi un enorme investissement financier pour des gens vivant en zone rurale, ils ont eu recours à un emprunt pour payer les frais de scolarité et les dépenses quotidiennes de leur fils dans la capitale. « Peu importe, me dit-il, c’est tellement extraordinaire que notre enfant puisse suivre les cours là-bas ! »

 

Le repas touche à sa fin. Généralement, lorsque l’on mange chez l’habitant dans ce genre de petit village, il est coutume de laisser un peu d’argent que les villageois refusent toujours par politesse au départ mais finissent par accepter. Mais ce jour-là, impossible de laisser quelques yuans sur le bord du buffet… Je suis gênée, j’avais marchandé pour le prix de la balade en bateau… si j’avais su que je serais invitée à déjeuner après… Les deux époux sont catégoriques, ils m’ont invité amicalement pour partager le repas, surtout pas pour recevoir d’argent en échange, « tu reviendras la prochaine fois faire un tour en bateau, mais on ne veut rien pour ces quelques plats ! »

 

Peut-être ont-ils refusé cette contribution pour mon repas juste pour la face. Il y a certainement un peu de ça, mais je pense surtout que ce sont des gens très généreux, qui partagent le peu qu’ils ont. Je reviendrai au lac Qu Yang Hu, c’est certain. Ma carte postale, serrée contre moi, je me retourne pour leur faire un dernier aurevoir de la main, ils sont tous les deux dans l’encadrement de la porte, souriants, « A bientôt, à bientôt! ». Finalement, moi qui étais si emballée par la beauté du paysage en arrivant, je me dis que c’est la beauté de mes hôtes qui m’a le plus impressionnée…

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4 réponses à Carte postale de Jingxi

  1. Estelle dit :

    Ouai, j\’ai trouvé comment laisser des messages ! En fait, ça déc*** avec Firefox, mais avec Internet Explorer, ça marche. Décidemment, un blog et un navigateur internet rien que pour toi !!!! Mais ça le vaut !
     

  2. Geoffroy dit :

    Salut,
    Moi c\’est Geoffroy,  je vis à Hou Jie, Dongguang avec un autre pote francais, Bastien, j\’ai 25, il a 23 ans. On vit ici depuis 4 mois… Ce serait sympa de rentrer en contact.
    @ très bientot

  3. Geoffroy dit :

    Salut,
    Moi c\’est Geoffroy,  je vis à Hou Jie, Dongguang avec un autre pote francais, Bastien, j\’ai 25, il a 23 ans. On vit ici depuis 4 mois… Ce serait sympa de rentrer en contact.
    @ très bientot

  4. berenice dit :

    salut Estelle,
    je suis vraiment honoree de tous les efforts que tu fais pour garder un oeil sur ce blog qui reste lamentablement "vide" depuis quelques semaines, meme quelques mois soyons honnete… grand honte sur moi…
    En tous cas, je passe regulierement sur ton blog que j\’aime toujours autant lire, tu me donneras la recette du zhou qui donne inspiration et motivation quotidiennes un de ces 4 ? ;-)
     
    Bonjour Geoffroy,
    merci de ton passage. Dis-moi, c\’est ou Dongguang? dans le Guangdong? Je n\’ai pas encore eu le temps de faire une analyse complete de ton blog, mais c\’est promis, c\’est prevu! En attendant, bonne continuation de sejour a toi et Bastien, et a bientot sur la toile (ou quelque part par la, la Chine est tellement "petite", veridique)

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